Je n'ai pas pour habitude de consacrer mes Semaines Médias à une seule oeuvre.
Mais hier, je suis allée au ciné, et aujourd'hui, j'ai besoin de t'en parler (longuement).
Alceste à Bicyclette, le nom ne fait peut-être pas rêver.
Pourtant, derrière ce titre un peu Vieille France se cache un véritable bijou cinématographique.
Alors, on ne va pas se mentir : je ne suis absolument pas fan de théâtre classique, de Molière, et de grandes envolées lyriques articulées à la voyelle près.
En réalité, c'est mon amour pour l'île de Ré - dont je t'ai si souvent parlé ici - qui m'a bel et bien poussée à aller voir ce film.
Je dois t'avouer, aussi, que l'idée même d'un Luchini délirant sur les plages rétaises me rendait dingue d'avance.
Après visionnage donc, je m'essaye à la critique subjective (pléonasme ?).
Attention, alerte au dithyrambe.
J'appréhendais le film en espérant qu'il y serait question d'esthétisme, et très vite, je réalise que les promesses sont tenues.
Les balades dans les marais salants viennent ponctuer les scènes d'intérieur, le tout avec un incroyable jeu de lumières et de couleurs.
La dualité se cache dans chaque détail, et l'on pourrait presque entrevoir la volonté d'une symbolique contrastée dans le choix du village d'Ars, où le noir et le blanc se marient à chaque coin de rue.
Le scénario est original, et l'histoire de ces deux hommes fait subtilement écho à celle de ce Misanthrope qu'ils répètent inlassablement.
Le réalisateur va à l'essentiel, la sobriété du décor laisse place à un enchaînement de vers chargés de sens, et le moindre alexandrin résonne incroyablement dans cette grande maison froide.
Luchini, en terre conquise, électrise la salle de sa folie noble.
Et l'île de Ré ...
Brute, presque sauvage, déserte et glacée, photogénique comme jamais.
Ré est magistralement filmée, et les fidèles de l'île ne pourront s'empêcher de rire aux sempiternelles répliques lancées çà et là sur le Pont ou le prix des maisons.
Une heure et quarante-quatre minutes s'écoulent sans même que je m'en aperçoive.
Oui, le rire est là, l'émerveillement aussi.
Et, je l'admets, l'émotion me rattrape devant ce dernier plan à la beauté tragique dont seuls les réalisateurs de chefs d'oeuvre sont capables.
Est-ce bien utile, après cette tirade, de te conseiller d'aller acheter ton ticket ?
Je te le demande.
Clemence M.
PS : J'ai lu la critique des Inrocks. Je peux parfaitement comprendre que Luchini les agace. En revanche, je comprends moins comment on peut passer à côté de l'esthétique de ce film. Si quelqu'un a une explication, je suis preneuse.
PS 2 : Si tu as vu Alceste à Bicyclette, j'ai hâte de savoir ce que tu en as pensé.
(non, ceci n'est pas du racolage supposé me rapporter des commentaires)











